
Iain Baxter&Actif depuis le milieu des années Soixante au Canada, initiateur de ce qui deviendra la scène de Vancouver dont émergeront Ian Wallace et Jeff Wall, Iain Baxter associe des préoccupations conceptuelles, sociologiques, d’activiste et d’agitateur, à une pratique de l’image et de l’installation que la préoccupation du paysage traverse de part en part. Il a d’ailleurs été souvent associé à des projets de land art au côté, par exemple, de Robert Morris, et travaille à des installations tant en intérieur qu’en extérieur souvent liées aux questions de l’environnement.
Iain Baxter prolonge la mise en question de la figure de l’artiste en décidant de la transformation de son nom en nom de marque, comme il l’a fait depuis les années Soixante en travaillant sous couvert d’une compagnie, N.E. Thing Co. Ainsi a-t-il pris très officiellement l’identité de Iain Baxter& (Baxterand pour l’oreille), s’appropriant le signe typographique & – ampersand, esperluette ou “et” commercial – en un sigle personnel intégré à son patronyme.
Pour Les Environnementales, Iain Baxter& inscrit la forme du & dans une pelouse comme si cette forme émergeait de la terre. Ce & monumental en herbe, formant un relief couché surélevé de plus de vingt mètres de long, d’une hauteur de trente centimètres à un mètre, fait référence à l’idéal social et artistique de la conjonction de coordination. L’ensemble prend une forme de présence à la fois énorme et discrète, inscrite dans l’environnement, une sorte de monument ou plutôt d’anti-monument, dont la réalisation et l’entretien tiennent de la gageure, sans doute parce qu’il s’agit d’un geste simple.
Serge Bottagisio & Agnès DecouxLes sculpteurs plasticiens Agnès Decoux et Serge Bottagisio sont diplômés de l’Ecole Nationale des Beaux-Arts de Bourges (atelier de Jean et Jacqueline Lerat). leurs projets sont toujours inspirées de formes primaires comme les cônes, les sphères, les cylindres, les carrés ou les rectangles.
Le béton, associé à de la terre cuite, est taillé à la hâche et travaillé de manière circulaire. Leurs sculptures gardent ainsi la mémoire du mouvement par le geste. Matière et sensation jouent un rôle essentiel dans leurs projets.
Pour les Environnementales ils présentent deux sculptures de ton gris éléphant associé à la couleur terre : Cage, en forme de cône ajouré tel un moucharabieh, et Toupie.
Dans cette toupie couchée, de forme primaire, s’opposent le rugueux des corps et le lisse poli de l’oeil bombé tourné vers le ciel. Là pour changer la relation avec le lieu et créer les conditions d’un débat intérieur, objet d’émotions.
Nécessitant une présentation dans un environnement neutre, leurs sculptures seront mises en situation dans un univers volontairement pauvre : un écrin de terre, ou d’herbe sèche et rase, évoquant une savane, recréé au sol par les étudiants de Tecomah.
Jean-Luc BrissonJean-Luc Brisson s'inspire dans ses réalisations des jardins ouvriers, car pour lui "faire des jardin s, c'est avant tout créer des lieux pour parler, manger, faire la sieste, s'embrasser, penser, jouer ...".
Pour Les Environnementales, il installe sur une île du lac un bassin-monde, plan d’eau artificiel de huit mètres de diamètre, où flottent des fragments urbains parmi une dense végétation aquatique. Miniaturisés, ces "souvenirs" de la ville – maquettes de pavillons de banlieue, jardins familiaux, parkings ou pylones électriques ... – ne sont pas les images d’une catastrophe ou d’une destruction, mais les images flottantes d’un monde dont les éléments pourraient se toucher, aller les uns vers les autres.
Tout autour du bassin sont disposés des sièges hétéroclites, du banc d’écolier à la chaise d’arbitre. Muni de jumelles, le public est invité à s’installer pour scruter les détails d’un monde, non pas à la dérive, mais dont les éléments impuissants semblent suspendus dans le temps tandis que, soumis aux intempéries, ils sont mis en relation avec le paysage environnant.
Pour souligner l’immanence de la nature, reprenant ses droits lorsqu’elle n’est pas domptée, une multitude de lentilles d’eau aux reflets mats – car non submersibles – variant du rouge au vert-de-gris selon la température, donne à cet improbable ensemble aquatique un cadre végétal, champ mouvant de tous les possibles.
Gilles BruniPartant du fait que le parc, avec son histoire, est interrogé par de nouveaux usages, Gilles Bruni crée un dialogue ambigu entre une fontaine dérisoire, qu’il crée, et la "fontaine" béante d’une buse surgissant de terre. En observant cet élément intrusif, l’artiste attire notre attention sur un élément inédit dans le paysage qui transforme radicalement la perception du site.
L’installation de Gilles Bruni crée un pont entre deux fontaines de part et d’autre du plan d’eau. En déversant ses eaux pluviales, la bouche de la buse devient une fontaine moderne, et l’ensemble – avec le grand hangar (qui servait autrefois à HEC pour ranger ses canoës) et le plan d’eau – une discrète métaphore de la machine de Marly, contemporaine de ce parc du XVIIe siècle, projet aussi monstrueux qu’inutile conçu pour alimenter en eau les fontaines de Versailles.
En vis-à-vis de la bouche de la buse, une gouttière de récolte d’eaux de pluie, installée dans le prolongement du toit du hangar, déverse un mince filet d’eau dans un canoë en guise de bassin. Cette petite fontaine est là pour révéler l’autre, comme une conversation : l’une, ouvrant grand la gueule (terme des fontainiers du XVIIe siècle) face à l’autre, petite, murmurante. Cette image poétique suggère par une superposition décalée la connivence que nous pourrions établir entre le passé et l’avenir, et ce, d’autant plus subtilement que le dispositif fonctionnera uniquement les jours de pluie.
Marie DenisLes installations de Marie Denis sont nourries de toutes les stimulations, les impressions vives, irrationnelles et concrètes de la vie, qui sont pour elle comme l’huître fait sa perle : un accident qui produit un enchantement. L’enfance n’est jamais bien loin, et dans tout son travail, l’artiste ouvre pour le spectateur une fenêtre sur le Pays des Merveilles.
Pour Les Environnementales, Marie Denis réalise un pot immense contenant un beau spécimen de pin, "empotant" littéralement l’arbre. L’effet de gigantisme produit par le changement d’échelle est renforcé par l’incongruité de la situation et le matériau employé. En s’approchant, on constate que ce simple pot tressé façon vannerie, est en fait tressé de tuyaux d’arrosage. D’ordinaire signalétique, la couleur orange fluo vibre dans le paysage, tout en faisant référence à celle employée par les services d’aménagement du territoire.
Si le dialogue tient une place importante dans sa création, c’est au-delà de la relation avec les étudiants de Tecomah, pour la mise en oeuvre de cette installation, que l’artiste met en place un terrain d’échanges, en s’entourant ici des compétences d’un serrurier d’art pour élaborer la structure métallique porteuse et d’un osiériste pour concevoir le tressage du pot. L’introduction de ces savoir-faire dans la réalisation de l’oeuvre va ainsi de pair avec le curieux sentiment de décalage perçu par le spectateur, l’artiste tissant des ponts et ouvrant des mondes dans notre imaginaire.
Michel FrançoisFasciné par les gestes de la vie courante et par les tensions qu'ils révèlent, Michel François se démarque, depuis les années Quatre-vingt, par une pratique singulière où règnent désordre et ambiguïté. Parallèlement à la photographie, éditée sous forme d'affiche puis de livre, l'artiste a créé une approche particulière de la sculpture et de l'installation, où ses travaux et ses images sont souvent rassemblés, accumulés et réactualisés.
Le projet Déjà Vu de Michel François a été conçu par l'artiste pour un site assez ressemblant, mais c'est finalement dans le parc de Jouy-en-Josas qu’il voit pour la première fois le jour. Cette oeuvre fait l’objet d’une commande publique, elle sera installée sur le site pendant deux ans. Le principe de créer puis de maintenir dans le temps ce double artifice du dédoublement d'un fragment de paysage demandera un entretien constant de la part des étudiants de Tecomah pour conserver à l’oeuvre sa dimension graphique : c’est là toute la singularité des conditions de production et de maintenance de cette oeuvre dans le projet pédagogique de Tecomah.
Ainsi, conformément au projet de l'artiste, les deux buttes aux formes régulières qui portent des arbres archétypes et le tracé de chemins qui serpentent vers le lointain doivent apparaître en bordure de l'étang, dans leur dédoublement, leur effet de redoublement, leur parallélisme improbable et demeurer tels, fixes comme des images. Ce jeu sur une nature cultivée, sur l'artifice de la nature, est une des figures récurrente chez l'artiste.
Nils-UdoFigure incontournable du land art sur la scène artistique internationale depuis 1972, Nils-Udo s'inspire de l'énergie vitale de la nature pour réaliser ses installations "dans et avec la nature".
Eléments végétaux ou minéraux – de simples modifications ou intrusions qui perturbent l’ordre naturel sans jamais le bouleverser – composent ses installations en pleine nature : frêles tiges de frêne et branches d’épicéas fichées dans la neige (Hiver, Haute-Bavière, 1973), osier et boules de glace colorées au jus de baies d’obier (Nid de neige, Bavière, 1993), fruits, baies et branchages posés à la surface de l’eau ou sur des terres arides (Red Rock Nest, Red Rock Canyon, Californie, 1998), lits de baies rouges embrasant la gueule de volcans (Trois volcans, Fundación Cesar Manrique, Iles Canaries, 2002) ...
Ses sculptures, par essence éphémères, ont donc une vie : elles naissent, se développent, vieillissent et meurent au rythme des éléments et des saisons. C'est ensuite par la photographie que Nils-Udo restitue une trace et une mémoire à ses installations.
Peintre avant tout, Nils-Udo est surtout un grand coloriste. La toile qu'il montre aux Environnementales représente un érable au feuillage d'automne rouge. Comme parfois dans les va-et-vient entre son oeuvre in situ et la peinture qu’il a repris activement depuis 2004, cette pièce est inspirée d’une installation réalisée voilà une dizaine d'années dans un parc public en Allemagne (Sans titre, 1999, terre, eau, sorbes, osier brins d’herbe, Aix-la-Chapelle).
"Dessiner avec des fleurs. Peindre avec des nuages. Ecrire avec de l'eau. Enregistrer le vent de mai, la course d'une feuille tombante. Travailler pour un orage. Anticiper un glacier. Orienter l'eau et la lumière… Dénombrer une forêt et une prairie ..." (Nils-Udo, note de travail).
Christine O'LoughlinDepuis une trentaine d’années, Christine O’Loughlin présente des installations en dialogue avec l’environnement dans lequel elles s’inscrivent tout en prenant constamment soin d’explorer la question de l’horizontalité. Qu’elles soient ancrées au sol ou en flottement dans l’espace, ses oeuvres sont dans un état de suspension, voire d’émergence, en référence à ce qui est prélevé, transposé, transporté. Selon Yves Michaud, ses perturbations dans l’espace relèvent d’une poétique du déplacement, de l’analogie et du transport.
Sur le plan d’eau du parc de Tecomah, Christine O’Loughlin inscrit dans le paysage les mots "Ici/Là" au ras de la surface de l’eau entre la pointe de l'île et la rive sud du lac. En néon rouge, d’une longueur totale de 5 mètres pour 1,5 mètre de hauteur, les mots sont suspendus dans le vide, à l’envers. C’est leur reflet dans l’eau que peut lire le spectateur ici, là, ici et là, ici ou là ...
Séparés par un "slash" indiquant une nette opposition, ces deux mots choisis par l’artiste font référence au moment précis où la conscience vacille entre ce qui est et ce qui pourrait-être, ce moment du "ni ici, ni là". Coexistent alors de façon immédiate et directe le sens et son contraire. Entre affirmation et négation, autre chose apparait. Seul endroit depuis lequel on peut correctement lire le message, le pont qui traverse le plan d’eau devient le point de vue d’où l’on peut voir quelque chose qui, par son reflet immatériel, n’est ni à un endroit, ni à un autre.
Isabelle TournoudIsabelle Tournoud puise son inspiration au coeur du monde végétal. Magicienne d’une nature réinventée, elle utilise les charmes subtils et inquiétants de Dame Nature pour en relever les formes aussi surprenantes que variées et les transposer dans son univers onirique. Ses robes-sculptures – créations vestimentaires réalisées à partir d’éléments végétaux : corsets d’eucalyptus, gants de tomates, mules de monnaie du Pape ... – évoquent une nature délicate et mystérieuse, où la puissance va étrangement de pair avec la fragilité.
Pour Les Environnementales, Isabelle Tournoud installe une grande serre abritant un champ de coquelicots. Par les parois vitrées, on distingue nettement cinq silhouettes d’enfants s’élevant parmi les pavots rouges en fleurs. Ces cinq mannequins-sculptures, composés de graines de pavot, figurent les vêtements de cinq gamins trop pleins de vie qui auraient joué dans cette serre, et où se serait déroulée une bagarre. Clin d’oeil aux "mauvaises graines", cette installation fige l’enveloppe de ces "petits monstres" dans le temps et l’espace.
Boucliers, capes et autres parures en graines de pavot sont plantés au milieu des fleurs épanouies et témoignent d’un combat passé, présent ou à venir. L’un des enfants semble suspendu dans sa chute au sol. Gare à celui qui tombe, il renaîtra en fleurs !
Dimitri XenakisLes interventions de Dimitri Xenakis sont précédées d’une observation de phénomènes ou de formes en apparence sans intérêt particulier. C’est pourtant le décompte de ces facteurs qui engendre la conscience d’un paysage. L’oeuvre est une réaction au site, un geste qui manifeste une humanité dans ce qui pourrait être perçu comme un hasard. Il faut alors se souvenir qu’un des premiers outils dont l’homme se dota pour appréhender le réel fut le tracé.
L’étang : un théorème impossible est une tentative de délimiter et de définir des aires sur un élément aussi lisse que fuyant : la rencontre paradoxale entre une géométrie primitive et l’eau. Une deuxième installation, La forêt : un fil conducteur, est installée dans le sous-bois attenant au plan d’eau : un réseau tendu explore et défriche l’espace dans un apparent chaos de branches et de feuilles, de lignes de points, de taches lumineuses et de zones d’ombre.
Sans jamais se limiter à l’emploi d’aucun matériau, Dimitri Xenakis utilise la lumière pour faire vibrer dans l’espace les formes géométriques de ses deux installations, usant du revêtement réfléchissant des triangles qu’il pose sur l’eau comme du miroitement des filins en fibre qu’il tend sur terre.
Les oeuvres de Dimitri Xenakis dialoguent avec l’espace jusqu’à définir elles-mêmes des espaces. Tracer, construire, assembler, tendre, classer, ordonner, transformer, circuler, planter, accentuer ou estomper...
Ponctuer et jalonner l’espace pour mieux l’appréhender.